dimanche 28 janvier 2007

Coup de froid...

Quand ils écrivent un roman, les auteurs ouvrent une fenêtre sur la vie de leurs personnages... On peut imaginer que ces personnages, même s'ils n'existent pas vraiment, avaient une "vie" avant le début de la narration. La fenêtre se ferme à la fin du livre, mais les personnages continuent de vivre après le mot FIN... J'ai toujours pensé que les auteurs choisissaient bien le moment de la vie de leur personnage avant de l'exposer. Il faut un certain talent pour ça, ne pas ouvrir la fenêtre trop tôt, ne pas la fermer trop tard... Alors ils regardent à travers les rideaux pour retenir le moment opportun, au tout début de l'intrigue, et quand ils l'ont saisi, ils font de même avec leur plume. Ils font des fois exprès de la soulever, définitivement, juste avant le dénouement de l'histoire. C'est alors au lecteur d'imaginer ce qui se passe derrière les rideaux...

Que se passe-t-il quand un incompétent ouvre la fenêtre trop tôt, trop longtemps, et que rien de passionnant n'est arrivé ? L'héroïne prend froid. Oui, c'est une fille. Elle s'appelle... Comment s'appelle-t-elle ? Je ne sais pas. Je n'ai jamais su. J'ai loupé les présentations. Tant pis. Son histoire était écrite sur une feuille de journal intime, trouvée par terre, en allant au métro, je crois, ou peut-être à l'abris bus...

"J'ai cru un moment que le chauffeur allait oublier de s'arrêter. Mais non, dommage. Quand je suis descendue du bus, il neigeait encore. Il faisait froid. J'ai regardé autour de moi, puis je me suis assise sur les marches du musée. Le gel passait au travers de mon pantalon et me gelait les cuisses. Cassandre était en retard, comme d'habitude. J'aurais bien fait pareil si ma mère n'avait pas veillé au grain, aller au musée, c'est pas vraiment mon truc, mais bon, il paraît que je ne passe assez de temps à agrandir ma culture générale. Cassandre est finalement arrivée, et on a pu commencer la visite. On a vite rejoint un groupe de collégiens qui avaient un guide. Le guide en question nous a facilement repéré, mais il n'a rien dit. Je l'ai mentalement remercié. La visite était plutôt ennuyante, comme toutes les visites de musée, quoi... A un moment j'ai décroché, je suis restée scotchée devant une sculture, même pas belle d'ailleurs, cette sculpture. Elle représentait un ange auquel il manquait une aile. Plutôt triste. Je ne sais pourquoi, mais cet ange à l'air désespéré, qui regardait vers le plafond, comme pour y trouver une ouverture par laquelle il pourrait rejoindre ses copains cupidons, il m'a fait penser à Camille. Peut-être le regard ? C'est vrai qu'il a toujours l'air triste, Camille. Il pleut dans ses yeux bleu délavé. Pire qu'en Bretagne, un petit crachin continuel, juste assez pour voiler le regard... J'étais là dans mes pensées quand j'ai remarqué que j'étais toute seule dans la salle, en train de contempler un Camille semi-ailé. Cassandre avait pas décroché, elle... Pas de problème, suffisait de lui envoyer un sms pour lui demander où elle était. Sauf que je n'avais plus de batterie. Comme par hasard... Tant pis, j'allais devoir la chercher dans le musée... J'ai pris le couloir sur ma droite, puis à gauche, à droite, tout droit,... J'ai fini par arriver dans une salle trop éclairée, grande, vide... Pas totalement vide, en fin de compte ! Un tableau était accroché au mur. Flavy Kazetenn. C'est la seule chose qu'indiquait le petit carton blanc, en bas à droite de l'oeuvre. Pas de titre. Pas de date. Un nom seulement. Flavy Kazetenn... Moi qui n'ai aucune mémoire, je me souviens de ce nom... Je m'étonne moi même. Toujours est-il que je ne me suis pas trop attardée sur le nom. Mes yeux se sont fixés sur le tableau. Le centre du tableau. Une impression de vertige m'a tout de suite envahie. J'avais l'impression de tomber dans le tableau, la chute était longue, infinie. Impossible d'y échapper. Des feuilles colorées volaient autour de moi, il pleuvait... Mais les gouttes étaient plus grosses et plus espacées que celles des yeux de Camille. Je les accompagnais toujours plus bas, toujours plus vite, le choc devenait inévitable.

Quand j'ai ouvert les yeux, le visage angulaire de Cassandre était entre moi et le plafond. Elle souriait. Ses yeux paraissaient brumeux. Je crois que c'est moi qui ai un nuage devant les yeux. Je ne peux fixer..."

Fin de la page...
Je sais que l'histoire ne s'arrête pas là, mais la feuille est remplie, la fenêtre est fermée, les rideaux tirés et on n'attend pas d'invités... La fenêtre n'était pas censée être ouverte, de toute façon, j'ai joué l'espionne...

Le tableau